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Action corrective réalisée — mais est-elle réellement efficace ?

100 % de réalisation ne signifie pas 100 % d'efficacité. Guide pratique pour vérifier l'efficacité des actions correctives selon l'ISO 9001 et l'ISO 13485, avec des exemples, des critères d'acceptation mesurables et un modèle de vérification CAPA.

L'action est terminée. Peut-on clôturer la CAPA ?

Prenons un exemple.

Dans une usine, plusieurs produits ont été expédiés avec une étiquette incorrecte. L'analyse des causes a montré que les opérateurs sélectionnaient manuellement les étiquettes dans une liste de références similaires, sans contrôle automatique de correspondance avec le produit.

L'entreprise décide de mettre en place une vérification par code-barres.

Un mois plus tard, le responsable qualité reçoit le bilan :

  • Le système de lecture des codes-barres est installé.
  • L'instruction de travail a été mise à jour.
  • Le personnel concerné a été formé.
  • Toutes les tâches prévues sont terminées.

État d'avancement de l'action corrective : 100 %.

Peut-on maintenant clôturer la CAPA ?

Pas nécessairement.

L'entreprise a démontré que les modifications prévues ont été mises en œuvre. Elle n'a pas encore démontré que ces modifications traitent efficacement les causes identifiées dans les conditions réelles d'utilisation.

C'est toute la différence entre la vérification de la mise en œuvre et la vérification de l'efficacité.

1. Vérification de la mise en œuvre ou vérification de l'efficacité ?

Vérification de la mise en œuvre : avons-nous fait ce qui était prévu ?

Dans notre exemple, il faut confirmer que :

  • Le système est installé sur tous les postes concernés.
  • La configuration logicielle appropriée est active.
  • Les instructions de travail sont mises à jour et approuvées.
  • Les opérateurs concernés ont été formés.
  • Les enregistrements démontrent la réalisation des actions.

Ces vérifications sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas à prouver l'efficacité de l'action corrective.

Vérification de l'efficacité : le résultat attendu est-il atteint ?

Les questions sont alors différentes :

  • Le système rejette-t-il réellement une étiquette ne correspondant pas au produit ?
  • Le contrôle fonctionne-t-il après un changement de référence ou d'équipe ?
  • Existe-t-il un moyen de contourner la vérification ?
  • Tous les produits et toutes les configurations concernés sont-ils couverts ?
  • Des erreurs similaires ont-elles été constatées depuis la mise en œuvre, y compris celles détectées en interne ?

La vérification de la mise en œuvre confirme que l'action est réalisée. La vérification de l'efficacité évalue son résultat.

2. Que demandent les normes ?

ISO 9001:2015 — Article 10.2

Lorsqu'une non-conformité se produit, l'organisme doit réagir de manière appropriée, évaluer la nécessité d'entreprendre une action pour en éliminer les causes, mettre en œuvre les actions nécessaires et examiner l'efficacité des actions correctives entreprises.

Toute non-conformité ne nécessite pas automatiquement l'ouverture d'une CAPA formelle. La décision dépend notamment des conséquences, des risques et de la possibilité de réapparition.

En revanche, lorsqu'une action corrective est engagée, son efficacité doit être examinée.

ISO 13485:2016 — Article 8.5.2

Pour les systèmes de management de la qualité des dispositifs médicaux, la norme prévoit explicitement la vérification de l'efficacité des actions correctives.

Elle exige également de vérifier que ces actions n'affectent pas défavorablement la capacité à satisfaire aux exigences réglementaires applicables, ni la sécurité et les performances du dispositif médical.

La vérification ne doit donc pas se limiter à constater l'absence de réapparition du problème. Les effets indésirables potentiels de la modification doivent aussi être pris en compte.

3. Exemple 1 : erreur d'étiquetage en production

Exemple fictif à visée pédagogique.

Problème : Des produits ont été expédiés avec des étiquettes correspondant à d'autres références.

Causes identifiées : Sélection manuelle dans une liste de références similaires, sans contrôle de correspondance entre l'étiquette et le produit.

Action corrective : Ajouter une vérification par code-barres avant la fermeture de l'emballage.

Vérification de la mise en œuvre

Confirmer l'installation du système sur tous les postes concernés, la mise à jour des instructions et la formation du personnel.

Vérification de l'efficacité

Définir un plan d'essais :

  1. Présenter volontairement des combinaisons incorrectes de produits et d'étiquettes.
  2. Vérifier que toutes les combinaisons invalides prévues dans les essais sont rejetées.
  3. Tester les changements de référence, les débuts de poste, les réimpressions et les situations exceptionnelles pertinentes.
  4. Vérifier l'absence de contournement non autorisé.
  5. Suivre les erreurs d'étiquetage, y compris celles détectées en interne, sur une période d'activité représentative.

Exemple de critères d'acceptation : Rejet de 100 % des scénarios d'incompatibilité définis dans les essais, absence de contournement non autorisé et absence de réapparition du mode de défaillance initial pendant une période d'observation représentative prédéfinie.

Le périmètre des essais, la durée de suivi et les critères doivent être justifiés en fonction des risques et de la fréquence des opérations.

Pourquoi l'absence de réclamations ne suffit-elle pas ?

Supposons qu'aucune réclamation client ne soit reçue pendant le premier mois.

Si seulement cinq produits ont été expédiés, cette absence de réclamations apporte peu d'informations.

Même avec un volume plus important, certaines erreurs peuvent ne pas être détectées ou signalées.

Il est donc souvent préférable de combiner des essais de mise en défaut volontaire avec un suivi des performances en conditions réelles.

4. Exemple 2 : utilisation d'un instrument après son échéance d'étalonnage

Exemple fictif à visée pédagogique.

Problème : Un instrument de mesure a été utilisé pour des contrôles de réception après la date prévue pour son étalonnage.

Causes identifiées : Suivi manuel des échéances, absence d'alertes automatiques et absence de mécanisme efficace empêchant l'utilisation d'un instrument dont l'échéance est dépassée.

Action corrective : Mettre en place des alertes automatiques, désigner un suppléant et organiser la mise à l'écart des instruments concernés.

Vérification de la mise en œuvre

Confirmer que les équipements sont enregistrés, les alertes configurées, les responsabilités définies et la procédure mise à jour.

Vérification de l'efficacité

  • Les alertes sont-elles envoyées au moment prévu ?
  • Un suppléant est-il averti en cas d'absence du responsable ?
  • L'instrument est-il identifié et retiré du service lorsque son échéance est dépassée ?
  • Peut-il être remis en service sans autorisation appropriée ?
  • Des utilisations non autorisées ont-elles eu lieu pendant la période de suivi ?

Critères possibles : Réussite de tous les essais de fonctionnement définis et absence d'utilisation non autorisée pendant la période d'observation prévue.

Indépendamment de cette vérification, il convient d'évaluer, lorsque cela est pertinent, la validité des résultats de mesure antérieurs et les conséquences potentielles sur les produits contrôlés. Un retard d'étalonnage ne prouve pas, à lui seul, que l'instrument était inexact.

5. Exemple 3 : réclamations récurrentes pour livraisons incomplètes

Exemple fictif à visée pédagogique.

Problème : Des clients reçoivent des livraisons incomplètes alors que les commandes sont enregistrées comme entièrement expédiées.

Causes identifiées : Le système de gestion d'entrepôt permet de clôturer une commande sans vérifier que tous les articles requis ont été scannés.

Action corrective : Modifier le système afin d'empêcher la clôture sans rapprochement approprié entre les articles préparés et la commande.

Vérification de la mise en œuvre

Confirmer le déploiement, les essais fonctionnels initiaux, la mise à jour des instructions et la formation des utilisateurs.

Vérification de l'efficacité

  • Le système bloque-t-il les commandes incomplètes ?
  • Gère-t-il correctement les expéditions fractionnées et les livraisons partielles autorisées ?
  • Existe-t-il des possibilités de dérogation non maîtrisées ?
  • Le taux de livraisons incomplètes non planifiées a-t-il diminué ?
  • Les réclamations associées ont-elles diminué par rapport au volume de commandes ?

Il faut mesurer un taux rapporté au nombre de commandes pertinentes, et pas uniquement le nombre total de réclamations.

6. Construire un plan de vérification de l'efficacité

Étape 1 — Définir le résultat attendu

Ne pas écrire uniquement : « Installer un système de lecture de codes-barres ».

Écrire : « Empêcher la libération de produits dont l'étiquette ne correspond pas au contenu de l'emballage ».

L'action est le moyen. Le résultat attendu est l'objectif.

Étape 2 — Choisir les preuves appropriées

Les preuves peuvent comprendre :

  • Des essais reproduisant le mode de défaillance initial.
  • Des données de processus et des indicateurs qualité.
  • Des observations aux postes de travail.
  • Des enregistrements de contrôle et d'audit.
  • Des tendances de réclamations et de non-conformités internes.
  • Des essais de fonctionnement des dispositifs de maîtrise dans différentes conditions.

Étape 3 — Fixer les critères d'acceptation à l'avance

« Le problème semble résolu » n'est pas un critère mesurable.

Il faut préciser ce qui constitue un succès, dans quelles conditions et sur la base de quelles preuves.

Étape 4 — Choisir une période de vérification adaptée

Il n'existe pas de règle universelle de 30, 60 ou 90 jours.

Un processus très fréquent peut fournir rapidement des données pertinentes. Une défaillance rare peut nécessiter une période plus longue, un volume d'activité supérieur ou des essais spécifiques.

La méthode doit être adaptée aux risques, à la fréquence des événements et aux possibilités de tester directement les dispositifs de prévention.

Étape 5 — Prévoir la conduite à tenir en cas d'échec

Si l'efficacité n'est pas démontrée, il faut réévaluer les causes, l'action retenue et les risques résiduels.

Des actions complémentaires et une nouvelle vérification peuvent être nécessaires.

7. Modèle pratique de vérification de l'efficacité CAPA

Champ Informations à documenter
Référence CAPA Identifiant unique
Description du problème Événement et conséquences
Causes identifiées Causes étayées par des preuves
Action corrective Modification destinée à traiter les causes
Vérification de la mise en œuvre Preuves de réalisation
Résultat attendu Objectif de l'action
Méthode de vérification Essais, indicateurs, observations, enregistrements
Critères d'acceptation Conditions de réussite prédéfinies
Période et périmètre Quand, combien et dans quelles conditions
Résultats et preuves Constats et documents justificatifs
Conclusion Efficace, inefficace ou preuves insuffisantes
Décision Clôture ou actions complémentaires

Exemple de fiche renseignée

Problème : Expédition de produits avec une étiquette incorrecte.

Action corrective : Vérification automatique par code-barres avant fermeture de l'emballage.

Vérification de la mise en œuvre : Installation sur les postes concernés, instructions actualisées et formation réalisée.

Vérification de l'efficacité : Essais avec des étiquettes incorrectes, contrôle des possibilités de contournement et suivi des incidents.

Critères d'acceptation : Tous les scénarios d'incompatibilité définis sont bloqués, aucun contournement non autorisé et aucune réapparition du mode de défaillance initial pendant une période représentative prédéfinie.

Conclusion : À établir uniquement après examen des preuves recueillies.

8. Cinq erreurs fréquentes

1. Clôturer la CAPA dès que l'action est réalisée.
Le résultat attendu n'est pas évalué séparément.

2. Se fier uniquement à l'absence de réclamations.
Le volume d'activité peut être insuffisant pour détecter une réapparition.

3. Considérer la présence à une formation comme une preuve d'efficacité.
Elle ne démontre pas que les causes identifiées ont été traitées.

4. Définir les critères de réussite après avoir vu les résultats.
L'évaluation risque de perdre son objectivité.

5. Ignorer les conséquences non souhaitées.
Une modification qui supprime une défaillance peut en créer une autre.

9. Avant de clôturer l'action corrective

Posez-vous cinq questions :

  1. L'action a-t-elle été mise en œuvre conformément au plan ?
  2. Les preuves montrent-elles qu'elle traite les causes identifiées ?
  3. Le périmètre et la durée de vérification sont-ils adaptés aux risques ?
  4. Les conséquences indésirables pertinentes ont-elles été évaluées ?
  5. La conclusion et la décision de clôture sont-elles justifiées par des preuves documentées ?

100 % de réalisation ≠ 100 % d'efficacité.

La réalisation d'une action corrective démontre ce qui a changé. La vérification de l'efficacité apporte des preuves que le changement a atteint son objectif.

Ne clôturez pas une CAPA simplement parce que les tâches sont terminées. Clôturez-la sur la base de preuves appropriées de son efficacité.


Article du centre de connaissances iQuality. Les exemples sont fictifs et fournis à titre pédagogique. Les méthodes, critères et décisions doivent être adaptés aux normes applicables, aux procédures de l'organisme et aux risques concernés.

Références : ISO 9001:2015, article 10.2 ; ISO 13485:2016, article 8.5.2.

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